le projet en mots-clés

#Démesure Alors que les propositions antérieures concernant la gare d'Austerlitz étaient mesurées, ce projet est celui de tous les excès : budget de plus de 900 millions d'euros, construction d’un « mur » de 37 m de haut sur environ 300 mètres de long, qui écrasera le patrimoine environnant (la grande halle de la gare, la Salpêtrière, le Muséum). Avec la création d'une surface plancher de près de 100 000 m2, le projet densifiera une ville qui est déjà l'une des plus denses au monde.

#Centre commercial Avec 19 833 m² de commerces dans le nouveau bâtiment, auxquels s'ajoute la création de 4 820 m² de commerces dans la gare, la SNCF fait le choix d'un méga centre commercial, à l’opposé du moratoire demandé par la convention citoyenne sur climat. À titre comparatif : c'est 2,5 fois la surface des commerces de la gare Saint-Lazare, et 5 fois celle d'un hypermarché. Le centre commercial Italie 2, voisin, est déjà partiellement désaffecté, les commerces de l’avenue de France s'en sortent difficilement… Ce nouveau centre commercial est une menace pour le commerce de proximité du quartier, mais aussi des villes d'Île-de-France desservies par la gare d’Austerlitz.

#Mobilité Avec une surface de 52 146 m² dévolue aux bureaux, contre 11 563 m² aux logements, le projet accroîtra mécaniquement le volume de déplacement domicile-travail, contribuant à saturer les transports collectifs, notamment la ligne 5 du métro, et à générer un flux additionnel de trafic routier. Il en va de même pour le centre commercial. On est à l'opposé de la « ville du quart d'heure », un des objectifs de l’actuelle maire de Paris.

#Bilan carbone Il n'y en a pas ! L'Autorité environnementale relève « un décalage important entre le niveau d'ambition des objectifs climat nationaux et territoriaux rappelés dans l'état initial et le peu d'éléments fournis sur les émissions de GES qui seront générées par le projet ». Tout laisse penser, au contraire, que le projet aggravera les émissions de gaz à effet de serre : les panneaux solaires installés sur la toiture relèvent de l'alibi, face aux émissions générées par la construction du bâtiment, de ses consommations énergétiques et du besoin récurrent de mobilité des personnes et des marchandises résultant du projet.

#Îlot de chaleur Cette surface de béton constituera un nouvel îlot de chaleur dans une ville peu résiliente aux canicules. Les promoteurs invoquent la proximité de la Seine et du Jardin des plantes ; mais la Commission environnement souligne que l'étude d'impact écrit que « la zone de fraîcheur induite par l'écoulement de la Seine reste très localisée, elle se fait sentir quelques dizaines de mètres de part et d'autre du fleuve sans atteindre la zone du projet ».

#Usagers C'est hors sujet pour les concepteurs du projet : pas d'étude d'intermodalité dans la gare, ni d'information concernant un gain de temps, description des évolutions de l'offre ferroviaire jusqu'en… 2022. La présence dans la grande halle de nombreux commerces fait craindre des croisements de flux générant des entraves. La volée d'escaliers rend l'accès à la gare par l'avenue Pierre Mendès France difficile avec une valise. L’actuel encombrement de la cour Seine par les taxis, avec une seule voie d'accès, n’est pas amélioré. L'accès aux liaisons par bus sur le quai d'Austerlitz devra gérer les flux croisés de taxis et de vélos. La commission d'enquête elle-même constate et regrette le manque d’ambition de l’opération.

#Démocratie Enquête publique faite en catimini au cours de l'été, absence totale de concertation avec les commerces locaux. Les principaux concernés – usagers, habitants, commerçants – n'ont pas été associés à la conception du projet.

#Logement Avec seulement 10% des surfaces qui lui sont attribuées, c'est le parent pauvre. Pourtant, il y avait là auparavant des immeubles de logement pour les salarié·e·s de la SNCF. Celles et ceux qui travaillent à la Pitié-Salpêtrière, dans les bureaux et les commerces de l'avenue de France ne parviennent déjà pas à se loger dans les quartiers environnants. Le projet creusera ce déficit. C'est donc ça, la ville du quart d'heure ?

#Décarbonation des transports La SNCF devrait être le fer de lance d'une décarbonation des transports. C’est l’inverse pour la desserte de la gare : 627 places de parking public, contre 407 places de stationnement pour les vélos. Et rien pour le transport ferroviaire de marchandises : les livraisons et l'évacuation des déchets seront assurés par camion !

#Pollution de l'air Le boulevard de l'Hôpital est en régulier dépassement des normes OMS pour les principaux polluants atmosphériques – en 2019, de 10% pour NO2, 35% pour PM10, 50% pour PM2.5 (AirParif). L'augmentation de trafic induite par le projet aggravera la situation.

#Nature Les promoteurs du « mur » (lot A7/A8) affichent de l'ordre de 9 200 m² de surfaces végétalisées. En réalité, 5 200 m² sont de la végétation sur terrasses et toitures et 3 500 m² des arbres plantés dans la cour du Muséum. Seuls 550 m² sont dédiés à la végétation de pleine terre, enclavée dans le nouveau bâtiment. Les aménageurs invoquent l'augmentation de la surface du square Marie-Curie, à proximité : cette extension, certes positive pour les riverains, sera réalisée pour l'essentiel sur des surfaces déjà végétalisées.

#Thrombose Le boulevard de l'Hôpital sature quand on dépasse les 1200 véhicules/heure : c’est déjà le cas quotidiennement. Une bretelle de liaison est prévue, conduisant vers le boulevard de l'Hôpital le flot de véhicules (dont des camions) tournant sur les 825 places de parking public et privé, qui desserviront et approvisionneront le centre commercial, l’hôtel, les bureaux et la gare, les déposes minute des particuliers, VTC et d’une partie des taxis. Embouteillage permanent garanti.

#Bureaux le choix de la prédation : il est scandaleux de créer 52 146 m² de bureaux alors que Paris les concentre déjà - au détriment des villes de banlieue. Et où logeront celles et ceux qui travailleront dans ces bureaux ? Ce projet participe de l'aspiration des richesses vers Paris intra-muros, au détriment du reste de la région et des usagers des transports, toujours plus saturés.